HUMOUR – Peut-on rire de la politique au Chili ?

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Le triomphe de l’humour politique des comédiens Edo Caroe et Rodrigo González, lors du festival de Viña del Mar 2016, a provoqué l’indignation d’une partie de la classe politique chilienne. Une polémique qui relance le débat des limites de la liberté d’expression.

Même si Lionel Ritchie a enchanté le public de Viña del Mar, on se souviendra surtout de la 57e édition du festival international de la chanson pour le succès l’humour caustique d’Edo Caroe et de Rodrigo González. Tous deux primés et ovationnés par les spectateurs, ils n’ont pas hésité à attaquer, en nom propre, de nombreux politiques de tout bord.
Ces attaques n’ont pas été du goût d’un pan de la classe politique, qui n’a pas tardé à le faire savoir. Dès le lendemain, la porte-parole du gouvernement, Javiera Blanco, demandait plus de « respect ». Dans un éditorial de la fondation Démocratie et Développement de l’ex-président de la République Ricardo Lagos, un journaliste dénonce le « sexisme » et « l’ignorance politique impardonnable » de Caroe. La secrétaire des Jeunesse Communistes, Catalina Salazar, a même qualifié le comédien de « machiste, sexiste et fasciste ». Un éditorial de « El Mercurio » avertit aussi ses lecteurs contre ce type d’humour qui « nuit aux institutions » et à la démocratie.
Pour les Chiliens, l’humour politique est démocratique
Contrairement à la classe politique, la population chilienne a bien accueilli l’humour engagé du festival. Selon le sondage Cadem du 29 février 2016, 77% des Chiliens évaluent le spectacle de Caroe comme « très bon » et seulement 22% d’entre eux pensent que ses critiques envers les politiques sont allées trop loin. Dans le même sens, 66% considèrent qu’il ne faut pas imposer de limites à l’humour et 70% estiment que l’humour politique ne nuit pas à la démocratie.
Le rire comme moyen d’expression politique
Pour comprendre le succès et la controverse générés par l’humour de Viña 2016, il faut le replacer dans le contexte des scandales de corruption qui entachent la classe politique et la défiance croissante des citoyens envers leurs représentants.
« L’humour de Viña a servi de catharsis. Les Chiliens connaissent les procédés peu éthiques de l’élite politique mais n’ont pas d’espace pour le dire publiquement. Le rire sert de médecine naturelle aux frustrations des citoyens », analyse pour Lepetitjournal, Luis Nitrihual, directeur du centre d’investigation en communication de l’Université de La Frontera. « Sentir que quelqu’un attaque les plus puissants est toujours réconfortant. Dans ce sens, les autorités ne devraient pas s’inquiéter autant ».
Mais pourquoi s’en est-elle autant préoccupée alors ? Pour Jorge González, professeur d’économie politique à l’Université Adolfo Ibáñez, les prochaines échéances électorales – les municipales cette année, les présidentielles en 2017 – en sont la raison. « L’humour peut dissuader le vote et liquider un candidat. Dans un festival comme celui de Viña où les gens qui le regardent ne s’intéressent généralement pas à la politique, l’humour a un effet davantage négatif que positif sur les personnages qui sont la cible des critiques ».
Peut-on rire de tout ?
Si une partie de la classe politique s’est autant emportée, c’est aussi pour une des blagues d’Edo Caroe qui comparait Camila Vallejo, députée communiste, à un objet sexuel. « La blague sur Vallejo révèle un sexisme et une chosification de la femme. Il n’y a pas de double lecture dans ce cas. Tu ne peux pas faire une blague sur les juifs ou les noirs et prétendre que c’est juste pour rire. Le public qui t’écoute à Viña banalise les stéréotypes que tu proposes. Les humoristes doivent être conscients de cela », avertit Luis Nitrihual.
Un avertissement qui rappelle celui de Pierre Desproges : « on peut rire des forts mais pas des faibles ». On peut rire des blagues sur la politique mais pas des blagues qui discriminent.

Alexandre Hamon (lepetitjournal.com/santiago) – Vendredi 11 mars 2016

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